La passion du bien-être, de la psychanalyse aux psychothérapies postmodernes

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Développement personnel, souci de soi, recherche du bien-être, art de vivre sont autant de thèmes qui définissent aujourd’hui les objectifs de la plupart des thérapies postmodernes (sophrologie, art-thérapie, pnl, analyse transactionnelle, hypnothérapie, aromathérapie, méditation, yoga, etc). A l’occasion du salon du zen (2-6 octobre 2014 à Paris), il serait bon de rappeler le rôle pionnier de la psychanalyse dans ces thérapies axées sur la recherche du bien-être et la quête de soi.

Freud, le père de la psychanalyse, avait prévu une telle explosion des pratiques thérapeutiques. D’ailleurs, ce sont ses disciples mêmes qui ont contribué à l’essor des thérapies postmodernes en innovant le procédé de cure analytique. Ainsi, Afred Adler propose une psychologie individuelle en phase avec la vie réelle de l’analysant sachant prendre en compte la manière dont le corps exprime une tension psychique (somatisation).

Dans un autre style, Wilhelm Reich est certainement le disciple le plus déconcertant tant il ose l’innovation. Soucieux du rôle de l’origine socio-économique sur la névrose, il s’engage politiquement et crée un dispensaire psychanalytique gratuit pour ceux qui n’ont pas de moyens financiers. Il développe la sexologie qui aura un impact important sur la libération des mœurs sexuelles. Exilé aux Etats-Unis, il élabore la théorie de l’orgone qu’il définit comme une sorte d’énergie réelle des émotions. Reich cherche à déceler l’existence de maladies énergétiques. On semble ici assez éloigner de la cure analytique définie par Freud et c’est en cela que Reich peut être considéré comme celui qui a brisé la glace en révélant que l’on peut faire énormément de choses avec la psychanalyse.

Mais c’est certainement à Carl G. Jung que l’on doit l’introduction de concepts majeurs (soi, persona, archétype, synchronicité, inconscient collectif) qui ont révolutionné les approches thérapeutiques des souffrances psychiques. Sa théorie de l’individuation met en évidence le travail que doit fournir une personne pour accéder à une totalité psychique qui équilibre ses pulsions intimes avec son environnement, qui harmonise les relations entre conscient et inconscient, entre part de lumière et part obscure. Avec Jung, le développement de soi devient un enjeu fondamental dans le processus de guérison qui implique d’une part de découvrir son ombre comme élément constitutif de son être et non simplement de trouver l’évènement biographique de son enfance à l’origine du trouble psychique.

L’explosion des pratiques thérapeutiques ne doit en aucun cas nous faire oublier le rôle pionnier de la psychanalyse. Bien au contraire, face à domination actuelle de la clinique chimique et comportementale sur la clinique de la parole, il faut rappeler que la psychanalyse est la science de l’interprétation qui propose une écoute des souffrances psychiques mais aussi et surtout une rencontre entre deux inconscients qui s’opère dans un cadre déontologique.

Aujourd’hui, on compte en France près de 5 à 8 millions de personnes qui subissent des troubles d’ordre psychique. On comprend alors l’urgence de défendre une psychanalyse qui possède un savoir-faire en mesure de répondre aux besoins des personnes souffrantes mais aussi des cliniciens, praticiens qui se précipitent dans des pseudo-formations ou qui se réfugient derrière un enseignement universitaire sans avoir vécu un véritable travail sur soi. Malheureusement, les psychanalystes connaissent souvent mal leur histoire.

D’ailleurs, les débats sur la psychanalyse se font souvent en dehors des analystes eux-mêmes avec des philosophes et des historiens. On s’en est d’ailleurs aperçu avec le brûlot de Michel Onfray publié en 2010. Quoiqu’il en soit les cliniciens sont de plus en plus cliniciens ignorant l’histoire, la philosophie et les sciences humaines en général. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire aujourd’hui de défendre une psychanalyse qui soit ouverte aux évolutions des mœurs et aux changements paradigmatiques et non fermée sur elle-même.

La psychanalyse a un avenir car elle possède les outils nécessaires pour comprendre le développement des méthodes thérapeutiques actuelles et expliquer ce qui l’en différencie et en fait sa force. Mais elle se doit d’être en phase avec son temps, d’être à la « hauteur du quotidien » et ce afin de retrouver son éclat d’origine.

par Frédéric Vincent