Être psychanalyste pour quel individuation

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Chers amis de l’Association des Psychanalystes Européens, chers futurs étudiants de l’inconscient en marche…Etre psychanalyste ? Quelle aventure ? Quelle prétention ? Quelle passion ? Quelle folie ? De quoi parle-t-on ?

Au-delà des « crémeries » officielles de l’exploration de cette part de nous même qui n’est jamais manifeste et évidente et qui s’appelle l’inconscient, être psychanalyste du côté de Freud, le « papa » fondateur, et des autres, fils indignes comme C-G Jung ou hérétiques comme Jacques Lacan, héritiers polyphoniques du Maître de Vienne, qu’est-ce à dire ? C’est se reconnaître rimbaldien jusqu’au cœur le plus secret de soi-même, et accepter comme axiome de base que JE EST TOUJOURS UN AUTRE.

D’ailleurs, cette part d’autre, l’inconscient dans le JE, dirait-on à Vienne, l’Ombre, dirait-on à Zurich, reste l’iceberg caché gelant trop souvent les ficelles complexes qui font émerger la marionnette de pulsions et de défenses, la véritable personnalité, par-delà la superficialité du paraître, par-delà la « persona » dirait-on à Zurich !

Quoiqu’il en soit, à l’école sacrée de la psychanalyse, tout est toujours quête du sens, fil rouge pour visite pas toujours guidée du labyrinthe intérieur. Jeu royal.

Les « jungiens » parlent de chemin, de processus d’individuation, de lente et patiente exploration de la vérité profonde de la personne humaine et de ses strates individuelles ou collectives. Les « freudiens » en appellent à la conception topique de l’appareil psychique, du moi, du ça et du surmoi. Les lacaniens n’en finissent pas de « structurer l’inconscient comme un langage » en mettant le petit « a » à l’épreuve du grand «A », bien-sûr, au nom de la psychanalyse grande libératrice de « souvenirs-écrans » ! Et tous en appellent à une méthode d’investigation « consistant essentiellement dans la mise en évidence de la signification inconsciente des paroles, des actions, des productions imaginaires (ô rêves, ô fantasmes, ô délires) d’un sujet » comme le précise si bien le vieux « Vocabulaire de la psychanalyse » de Laplanche et Pontalis !

En bref, ça parle comme ça peut, ça soupire comme ça peut, un patient, ça exprime sa peur et sa jouissance, quand son psychanalyste a recours à la seule règle de libre association pour interpréter paroles et silences !

Et tout cela se joue entre l’écoute flottante de l’écoutant quand l’allongé ouvre les vannes et les cavernes les plus inavouées du Grand royaume souterrain de l’inconscient incontournable. Oui, c’est ainsi : ça revient toujours ce « refoulé » de mes deux !

Tout se joue avant 7 ou 8 ans, hurlent les uns, tout se joue et se noue quand le petit pipi devient le petit zizi. Il faut élargir le concept de libido affirment les autres, car la libido s’apparente aussi à l’ élan vital  cher à Bergson qui sous-entend le besoin ancestral de verticalité numineuse mise en plein jour par cet archéologue des valeurs religieuses du monde qu’est Carl-Gustav Jung, Jung, l’hérétique, le rebelle, le dissident, l’excommunié, le défricheur-philosophe de l’inconscient collectif.

Devenir psychanalyste. Etre initié à la psychanalyse. Entreprendre, avec l’APE par exemple, une formation à la psychanalyse. Retourner avec humilité et sans à-priori sur le banc de l’école et devenir à son tour, par transmission, par passe, ou tour de passe-passe, psychanalyste, cela veut-dire quoi, grand dieu ?

 Ou est passé le fil rouge quand gronde le gros méchant loup androgyne qui menace de nous dévorer tout cru ?

Dis-moi donc où se situent ton anima et ton animus et je te dessinerai un soleil sans peur, le tien, celui qui sera le tien propre à jamais, jusqu’à la mort, jusqu’à la fin des jouissances, par delà les pulsions de vie et des pulsions de mort, et les épiques tournois d’Eros et de Thanatos !

Tout est toujours, mes ami(e)s, lent dévoilement de l’ABC du jouir. Le reste n’est peut-être que littérature, discours à la Prévert quand le conférencier devient masturbateur !

Derrière les mots, il y a encore les maux du monde et le malaise persistant de notre civilisation, bien-sûr. Il est alors question de RE-création de soi et de notre regard en direction des autres. Il persiste toujours, étrangement, la sagesse du promeneur qui émerge de je ne sais quel vide dans le « cristal du désir » comme l’exprime le poète.

Modestement, j’ose avouer que je ne sais pas trop si la psychanalyse s’enseigne, à vrai dire, mais je sais qu’il lui faut des outils justes, une méthode précise pour qu’elle ouvre un espace inédit comme une plaie salvatrice en progressive cicatrisation. C’est ainsi qu’elle évitera le sauvage et le n’importe quoi si dangereux pour le patient. Ainsi qu’elle nous préservera toujours du pire, de cet immense éloignement des autres (ô psychose du morcellement schizoïde) et de l’infinie tristesse improbable de la mélancolie (ô névrosé de la Terre jusqu’où laissera-t-on triompher vos pauvres visages d’expatriés de la joie et du désir ?).

Chers amis, toute psychanalyse est un embarquement, une aventure, une traversée pour s’approcher d’un mieux comprendre des autres et tisser avec eux des liens plus clairvoyants et « respirables ». Un homme averti en vaut deux, ou plutôt quand il comprend mieux ce qui se passe en lui, il vagabonde mieux dans sa vérité.

C’est bien dans cet esprit que je vous abandonne, en confiance, au savoir professionnel des experts de l’APE, ô professeurs d’obscures transparences, experts en paradoxes de l’inconscient personnel et de l’inconscient collectif, car un mot de trop n’irriguerait que l’Ombre portée du désespoir.

La psychanalyse, de toute façon, en dépit des idées préconçues, n’est pas triste, dans les deux sens de l’expression ! Elle rouvre sans répit toutes les épaules qui se resserrent et les cuisses qui se contractent pour mieux dissimuler un sexe à moitié mort de peur et de désir entremêlés !

En passant, en espiègle, j’aime aussi vous dire que la psychanalyse ne saurait être exclusivement universitaire, farouchement médicale, orgueilleusement élitiste, homéostatique et dogmatique. Elle n’est la propriété de personne, elle n’est l’enfant que de ses pères fondateurs.

Elle ne prône pas davantage, dans le silence qui parle tout autant que la parole, l’enterrement de première classe de la joie et du plaisir de la planète !   Elle est dépliement, ouverture dans la non-ouverture comme me disait jadis mon Maître Xavier Audouard qui merveilleusement était sorti de chez les jésuites pour renaître chez Lacan sans négliger Jung !

La psychanalyse n’étouffe pas, elle délivre. Elle donne à respirer, à aimer. Elle magnifie les pétales du rêve sans culpabilité ancestrale.

Alors, chers ami(e)s , en guise de clin d’oeil, je vous la souhaite bonne, votre analyse, comme un surgissement de RE-naissance !

par Jean-Luc Maxence